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Conférence << Jésus et la Montagne >> 13 aout 2022

« JESUS ET LA MONTAGNE »

Conférence du cardinal Robert SARAH. (Notes prises le samedi 13 août à l’église Saint Michel à Chamonix).


La montagne est le symbole de la solidité. C’est aussi le lieu de la révélation divine. C’est sur

la montagne que demeure Dieu, c’est sur la montagne qu’il vient rencontrer l’homme. Dans

l’Ancien Testament, la montagne est le théâtre des événement fondamentaux de l’histoire

humaine. Dans la Bible, les montagnes sont mentionnées plus de cinq cents fois et certaines

ont joué un rôle majeur. Parmi elles :

- le mont Ararat (3 896 m) : c’est là que s’échoue l’arche après le Déluge. Une fois les

eaux retirées, Noé y bâtit le premier autel pour sceller l’alliance entre Dieu et l’homme

(Gn 8, 4) ;

- le mont Sinaï (2 285 m) : Dieu y remet les Dix commandements à Moïse (EX 19 et 20).

- le mont Horeb (2 285 m) : le prophète Elie y rencontre Dieu ( 1 R 19,8) ;

- le mont Garizim (881 m) les Israélites y ont prononcé la bénédiction avant d’entrer en

Terre Promise. Ce mont est mentionné dans le dialogue entre Jésus et la Samaritaine).

- le mont des Olivier (826 m)) : c’est le lieu où le roi David a fui ses persécuteurs. Jésus

va y passer sa dernière nuit humaine terrestre. C’est aussi au mont des Oliviers qu’aura

lieu l’Ascension (2 S 15,30 – Lc 22, 39 – Ac 1, 9-12).

- le mont Nébo (808 m) : Moïse y est monté pour voir la Terre Promise. C’est là qu’il est

mort et enterré par Dieu (Dt 32.49, 34.1).

- le mont Moriyya (768 m ) : Dieu demande à Abraham d’aller y sacrifier son fils Isaac.

Ce mont a surtout un sens théologique et spirituel puisque c’est là que Jérusalem va

être édifiée et aussi le premier temple de Salomon (Gn 22,2 – 2 Ch 3,1).

- le mont Thabor (575 m) : il est connu sous le nom de mont de la Transfiguration. C’est

le lieu de la glorification du corps humain de Jésus, après qu’il se soit reconnu comme

le Messie (Mt 17, 1-9).

- le mont Carmel (546 m) : c’est l’endroit où le prophète Elie a défié les quatre cents

prophètes de Baal et Astarté (1 R 18, 16-46).

- le mont le moins élevé est celui des Béatitudes. Son altitude est négative : environ 25

mètres sous le niveau de la mer, près de 200 mètres au-dessus du lac de Tibériade. Il

est le cadre du sermon le plus célèbre de Jésus. Il est identifié comme la colline appelée

Eremos, au nord d’Israël, près de la ville de Tabgha, au bord de la mer de Galilée.

- enfin, le mont du Golgotha où le Christ sera crucifié. C’est tout simplement un promontoire.

Si on regarde bien, l’altitude de ces montagnes ne cesse de décroître de l’Ancien Testament

au Nouveau Testament. Dieu sent le besoin de descendre toujours plus bas pour nous

rejoindre, pour rencontrer l’homme, pour le hisser à sa hauteur, pour un face à face. Dieu

descend, il s’humilie, il vient jusqu’à notre niveau, jusqu’à la boue de notre humanité

pécheresse. Le mont Golgotha est le plus bas. Dieu est descendu jusqu’à nous. En Jésus, vrai Dieu et vrai homme, par son incarnation, Dieu se fait proche de l’homme jusqu’à se faire l’un de nous.

Cette proximité atteint son paroxysme au mont Golgotha. L’amour de Dieu va descendre au

plus bas pour rejoindre l’homme.

Il faut noter qu’il y a quatre montagnes principales pour Jésus.

1 - Le mont des Béatitudes : Jésus a prononcé le sermon sur la montagne près du Lac de

Tibériade dit la Tradition. Luc situe une partie de ce sermon dans la plaine. Jésus donne la loi du Royaume de Dieu sur la montagne, parallèle avec Moïse qui reçoit la Loi sur le mont Sinaï.

Cette loi est le chemin du bonheur, diamétralement opposé au bonheur de nos sociétés

modernes. La Didachè dit : « Si tu peux porter tout entier le joug du Seigneur, tu seras parfait.

Mais si tu ne le peux pas, du moins, ce que tu peux, fais-le ». Les Béatitudes contiennent toute la morale chrétienne (cf St Just, IIe siècle et St Augustin, Ve siècle : si quelqu’un considère pieusement le sermon que notre Seigneur Jésus Christ a prononcé sur la montagne, je pense qu’il y trouve un programme parfait de la vie chrétienne).

Jésus veut bien accomplir l’ancienne Loi. Cette montagne est le nouveau Sinaï. Jésus est le

Verbe de Dieu, la Parole de Dieu faite chair. Dieu a donné les dix commandements mais ça ne suffit pas. Dieu lui-même vient vers nous et nous parle directement. Jésus est la montagne elle-même. La nouvelle loi du chrétien, la nouvelle morale, ce sont les Béatitudes.

2 – Le mont Thabor : la Tradition y situe la Transfiguration. (cf Mt et Lc). La montagne apparaît comme le lieu de la prière. Jésus était monté pour prier, avec Jean, Jacques et Pierre. La montagne nous dispose au face-à-face avec Dieu. Jésus commence à parler à ses disciples de sa passion et de sa mort. Il les prépare à la grande épreuve. Il leur enseigne à renoncer à sa propre volonté et à suivre celle de Dieu. Sur la montagne, Jésus est transfiguré, métamorphosé (en grec). Son vêtement devient blanc. Pierre voudrait rester là et dresser trois tentes.

L’apparence de Jésus est devenue tout autre. La blancheur signifie la sainteté, la perfection

de Jésus, sa divinité (auxquelles nous sommes tous appelés). Sa gloire céleste est vue par

anticipation. L’Apocalypse décrit cette splendeur de Jésus (Ap 1, 12-18).

Luc précise que Jésus était monté sur la montagne pour y prier. Quand il prie, Jésus intercède en notre faveur. Le Seigneur donne fréquemment l’exemple de la prière persévérante, de façon habituelle. Prions dans le silence et le recueillement. En contemplant la gloire du Seigneur, nous serons transformés en sa gloire. (cf saint Paul), comme Moïse dont le visage était brillant après avoir rencontré Dieu. Il faut monter à la montagne et ça demande un effort.

On se rend compte qu’il y a une continuité entre l’Ancien Testament et le Nouveau qui nous

dit l’unicité de l’histoire du salut. Mais il y a aussi une radicale nouveauté : la voix de Dieu

présente Jésus comme le Fils Bien-Aimé. Moïse et Elie disparaissent car des temps nouveaux sont arrivés. Toute l’attention est centrée sur la personne de Jésus. Tout l’Ancien Testament préparait la venue de Jésus. Il s’agit d’écouter celui qui est le Fils et pas seulement de croire en Dieu. Cette montagne n’a pas besoin de nom. Nous devons être des gens qui grimpent pour rencontrer Dieu dans sa splendeur.

3 – Le mont des Oliviers, situé à l’est de Jérusalem. Pendant toute la période byzantine il y a

eu beaucoup de construction d’églises car ce lieu est ultra-sacré pour les chrétiens puisque

c’est là que Jésus a été arrêté et c’est de là qu’il est monté au ciel. Dans l’Ancien Testament,

David s’est réfugié au mont des Oliviers quand il fuyait son fils Absalom. C’est aussi au mont

des Oliviers qu’au temps de Salomon des temples de divinités païennes ont été construits.

C’est du mont des Oliviers que Jésus envoie ses disciples chercher l’ânon pour l’entrée à

Jérusalem. C’est là aussi que Jésus a appris le Notre Père à ses disciples. Le symbolisme du

mont des Oliviers est donc très important. Cela nous conduit à la centralité de la prière dans

la vie d’un chrétien. Le mont des Oliviers est aussi le lieu de la prière. C’était l’habitude de

Jésus d’aller prier là. Il invite ses disciples à prier. Jésus se met à genoux et il prie. Jésus nous répète : « pourquoi dormez-vous ? Pourquoi ne priez-vous pas ? » Le mont des Oliviers est un appel constant à la prière. C’est le mont des pleurs, de la prière et de la vigilance.

- Des pleurs : Jésus a pleuré sur Jérusalem depuis le mont des Olivier. Aujourd’hui, Jésus

pleure encore à cause de notre infidélité, de notre apostasie. Son coeur transpercé est

ouvert pour nous. Jésus attend que nous confessions nos péchés, que nous renoncions

à nos égoïsmes, que nous nous repentions ;

- De la prière : Jésus se retirait souvent au mont des Oliviers pour prier. C’est le mont de

la prière. Mais c’est aussi le mont de la corruption, à cause de Salomon. Mais c’est le

lieu où Jésus nous apprend à prier notre Père. La prière est un combat, un corps à corps

avec Dieu (Cf la lutte de Jacob avec l’ange). La prière est un combat difficile qui nous

donne des énergies nouvelles ;

- De la vigilance : Saint Paul nous rappelle qu’il faut lutter chaque jour dans la prière

pour la conversion. Nous faisons face à Dieu. Il nous révèle qui nous sommes dans la

prière. C’est aussi ce qui se passe au mont des Oliviers qui est le mont de la vigilance :

« Veillez, ne dormez pas ».


4 – Enfin, le mont Golgotha. C’est le plus bas. Jésus est descendu jusqu’à nous. Là, nous

regardons la Croix et nous entendons Jésus prier qui dit : « Père, pardonne-leur, ils ne savent

pas ce qu’ils font. Le Golgotha est une école de prière où nous apprenons à pardonner, comme Jésus a pardonné à ses bourreaux. Au Golgotha, nous apprenons aussi à regarder le Seigneur crucifié entre deux larrons. A la Croix, nous apprenons à recevoir une mère, la Vierge Marie.

A la Croix, nous devenons les enfants de Marie. Elle veille sur nous. Nous apprenons à nous

offrir totalement à Dieu : je remets mon esprit entre tes mains. Nous accomplissons la volonté de Dieu.

La montagne est vraiment une invitation à regarder en haut.

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